Annexe A – PIB : Ce que vous devez savoir

Afin de comprendre les différences entre le produit intérieur brut (PIB) et l’Indice canadien du mieux-être (ICM), il est important de comprendre comment on définit le PIB. En termes simples, le PIB renvoie à la production agrégée d’une économie – c’est-à-dire la valeur de tous les biens et services finaux – produits dans un pays durant une période donnée. En termes plus techniques, le PIB peut être déterminé de trois façons, qui devraient toutes, en principe, arriver au même résultat. Les trois approches de mesure du PIB sont : (1) l’approche de production ou de valeur ajoutée; (2) l’approche du revenu; (3) l’approche des dépenses finales.[37] De façon claire, selon l’approche des dépenses, la formule du PIB est :

PIB = consommation privée + investissement brut + dépenses du gouvernement + (exportations-importations)

L’ICM, d’autre part, suit huit domaines qui forment ensemble une mesure exhaustive du mieux-être. Alors que l’ICM mesure comment nous nous portons en tant que citoyens engagés dans les aspects privé, public et bénévole de notre vie, le PIB mesure de façon agrégée l’argent que nous recevons, ce que nous achetons avec cet argent ou ce qu’il nous en coûte pour l’obtenir.

Le fait que notre mieux-être accuse constamment du retard par rapport aux dépenses et à la consommation ne fait pas que démontrer que l’argent ne peut pas acheter le bonheur; il révèle aussi que lorsque le PIB est utilisé pour orienter les politiques économiques et sociales, nous ne sommes pas nécessairement en meilleure posture en tant que nation. Comme nous l’avons illustré précédemment à la Figure 1, au cours du temps, le rendement de notre économie devance notre qualité de vie. Cela est au cœur même de l’enjeu des inégalités croissantes – où certains d’entre nous réussissent extrêmement bien, alors que nombre d’entre nous s’en tirent moins bien.


[37] Statistique Canada. (2008). Guide des comptes des revenus et dépenses. No 13-017-x au catalogue. Ottawa, ON : Ministère de l’Industrie.

Mythes populaires relatifs au PIB

Mythe no 1 : Le PIB montre comment un pays se porte

RÉALITÉ : Le PIB n’est pas une mesure des progrès ou du mieux-être d’une société. Il n’en a jamais été ainsi. Dès 1934, le lauréat du prix Nobel Simon Kuznets reconnaissait qu’« On ne peut guère présumer du mieux-être d’une nation à partir d’une mesure du revenu national », comme il est défini par le PIB.[38]

Le PIB a d’abord été instauré aux États-Unis, durant la Grande Crise, en tant que façon de mesurer à quel point et à quelle vitesse l’économie des États-Unis décroissait. La mesure a été ensuite adoptée par le reste du monde, parce qu’elle fait très bien ce qu’elle doit faire – additionner la valeur de tous les biens et services produits dans un pays durant une période donnée.

Mais le PIB ne nous dit rien au sujet de la façon dont nous nous en tirons bien ou moins bien dans une grande variété d’autres déterminants économiques, sociaux, de santé et environnementaux qui façonnent notre pays, nos communautés ou notre vie quotidienne. Bref, le PIB ne nous dit rien au sujet du genre de monde que nous créons pour nous-mêmes et les générations futures, et ne nous révèle pas si nous progressons ou reculons. L’ICM fait cela.


[38] Kuznets, S. (1934). National income, 1929-1932. 73rd US Congress, 2d Session, Senate Document no. 124, p. 7.

Mythe no 2 : Toute croissance est bonne

RÉALITÉ : Le PIB repose sur l’hypothèse philosophique que toute croissance est bonne – une marée montante soulève tous les bateaux. Mais toute croissance est-elle réellement bonne? Et les activités ne comportant pas d’échange monétaire sont-elles toutes sans valeur?

Si vous vous reportez au PIB, la réponse aux deux questions est « oui ». Le PIB ne fait aucune distinction entre les activités économiques qui sont bonnes pour notre mieux-être et celles qui sont nuisibles. Les dépenses relatives au tabac, aux catastrophes naturelles ou humaines, au crime et aux accidents contribuent toutes à la croissance du PIB.

Par contre, la valeur des tâches ménagères non rémunérées, la garde d’enfants, le travail bénévole et le temps de loisirs ne sont pas inclus dans le PIB parce qu’ils ont lieu en dehors du marché formel. De plus, le PIB n’inclut pas de soustractions pour les activités qui réchauffent notre planète, polluent notre air et nos cours d’eau, ou détruisent les terres agricoles, les terres humides et les forêts matures. La notion de durabilité – nous assurer que les ressources précieuses sont préservées pour les générations futures – ne fait pas partie de l’équation.

Les failles du PIB, ainsi que de son cousin PNB, ont été résumées de la façon la plus éloquente par le sénateur Robert Kennedy au cours d’un discours qu’il a prononcé il y a près d’un demi-siècle :

… Notre produit national brut [...] comprend la pollution de l'air, les publicités vantant les cigarettes et les ambulances nécessaires pour débarrasser les routes du carnage. Il comprend les serrures spéciales sur nos portes et les prisons qui servent à incarcérer ceux qui les forcent. Il comprend la destruction des séquoias et la perte de merveilles naturelles écrasées sous un étalement chaotique.

… Par contre, le produit national brut ne tient compte ni de la santé des enfants, ni de la qualité de leur éducation, ni de la joie qu'ils retirent de leurs jeux. Il ne comprend ni la beauté de notre poésie, ni la force de nos mariages, ni l'intelligence des débats publics, ni l'intégrité des fonctionnaires. Il ne mesure ni notre esprit, ni notre courage, ni notre sagesse, ni notre savoir, ni notre compassion ou notre dévouement à l’égard de notre pays. Il mesure tout, sauf ce qui donne un sens à la vie.[39]


[39] Kennedy, R.F. (1968, March 18). Remarks of Robert F. Kennedy at the University of Kansas. Lawrence, KS. Consulté à : http://www.jfklibrary.org/Research/Ready-Reference/RFK-Speeches/Remarks-of-Robert-F-Kennedy-at-the-University-of-Kansas-March-18-1968.aspx

Mythe no 3 : La réduction des dépenses stimulera l’économie et accroîtra le PIB

RÉALITÉ : Il n’y a aucun doute que les gouvernements dépensent beaucoup d’argent. Mais à quoi dépensent-ils cet argent? Principalement à la construction d’écoles, d’hôpitaux, de routes et de ponts, au transport public, au paiement des salaires des enseignants, des médecins, des infirmières, des policiers, des pompiers et de nombreux autres fonctionnaires précieux. Ces derniers, à leur tour, retournent l’argent à l’économie en dépensant pour des aliments, des vêtements, du logement, le cinéma, des billets de hockey, et généralement en appuyant les nombreuses petites entreprises qu’on retrouve partout dans nos rues.

Les dépenses des gouvernements constituent une portion importante du PIB. Cela signifie que lorsque des coupures importantes sont faites pour réduire les déficits, rembourser la dette, ou autrement « garder le contrôle de notre situation financière », beaucoup d’argent est retiré de l’économie, et le PIB peut décroître. Si les coupes des gouvernements sont suffisamment importantes pour réduire le PIB global, elles pousseront automatiquement le Canada dans une pénible récession. Donc, au lieu de stimuler l’économie, les coupures massives dans les dépenses publiques peuvent en réalité produire le contraire.

La réalité est que nous ne pouvons pas nous restreindre davantage. Pour payer nos dettes publiques, nous devons faire croître notre économie. Les gouvernements doivent faire partie de l’équation, mais ils doivent dépenser et investir dans les domaines qui améliorent notre qualité de vie collective, de sorte que nous ayons une population possédant la force de relever nos défis et de respecter nos obligations. Cela n’est pas réellement différent d’une famille payant son hypothèque et ses coûts de subsistance en obtenant un emploi plus rémunérateur au lieu de couper dans les aliments et les médicaments sur ordonnance. 

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