Les adolescents et la COVID-19: résultats préliminaires des enquêtes COMPASS 2020 dans 29 écoles secondaires de 3 Régions de l'Est-du-Québec

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Auteurs
Slim Haddad, MD, PhD
Professeur titulaire, Département de médecine sociale et préventive, Faculté de Médecine, Université Laval; Chercheur, Centre de recherche en santé durable de l’Université Laval (VITAM);
Médecin conseil à la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale.
Richard E Bélanger, MD
Pédiatre/Médecin de l’Adolescence, Centre mère-enfant Soleil du CHU de Québec-Université Laval;
Professeur agrégé, Département de pédiatrie, Faculté de Médecine, Université Laval;
Chercheur associé, Centre de recherche en santé durable de l’Université Laval (VITAM).
Claude Bacque Dion, MA
Coordonnatrice scientifique COMPASS-Québec.
Rabi Joël Gansaonré, MSc
Doctorant, Département de médecine sociale et préventive, Faculté de médecine, Université Laval;
Gestionnaire et analyste de données COMPASS-Québec.
Scott T Leatherdale, PhD
Investigateur principal, Projet COMPASS-Canada;
Professeur agrégé, School of Public Health and Health Systems, University of Waterloo, ON, Canada.
François Desbiens, MD, MPH
Professeur de clinique, Département de médecine sociale et préventive, Faculté de Médecine, Université Laval.
Août 2020

Financement
COMPASS-Québec bénéficie d’octrois de recherche et du soutien du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, Gouvernement du Québec, de l’Université Waterloo (Santé Canada – Instituts de Recherche en santé du Canada) et de la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale.

Ce rapport présente les résultats de l’étude COMPASS-Québec 2020 réalisée dans 29 écoles secondaires de l’Est-du-Québec. COMPASS est un projet longitudinal multicentrique sur les réalités adolescentes au Canada. Il s’agit d’une des plus grandes plateformes populationnelles longitudinales sur la santé des adolescents dans le monde.

Le volet québécois associe des chercheurs de l’Université Laval, les milieux scolaires et les Directions régionales de santé publique de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches et du Saguenay-Lac-Saint-Jean1.

La ronde d’enquête de 2020 a été réalisée en mai-juin 2020, après la mise en oeuvre des mesures de confinement et la fermeture des écoles. La méthodologie de l’étude a été adaptée de manière à intégrer un volet « COVID-19 » destiné à mieux comprendre l’incidence de la pandémie sur les adolescents et assister le milieu scolaire et les équipes de santé publique dans la mise en oeuvre d’interventions de prévention-promotion adaptées à leurs besoins.

Les questions en lien avec la COVID-19 ont porté sur les cinq sphères suivantes :

  1. Connaissances de la COVID-19 et des gestes barrières;
  2. Attitudes vis-à-vis des mesures de prévention;
  3. Degré d’adoption des mesures de prévention recommandées;
  4. Degré d’adaptation à la situation créée par le confinement et la fermeture des écoles;
  5. Incidence de la COVID-19 sur la vie de tous les jours;
  6. Conséquences de la COVID-19 sur le bien-être, la consommation de substances psychoactives et la santé mentale.

La participation des écoles et des jeunes répondants à l’étude est volontaire. Tous les élèves de l’école sont invités à répondre aux questionnaires annuels. Plus de 6000 adolescents ont complété l’enquête en ligne. La révision des modalités du projet COMPASS et le contenu des questionnaires ont été approuvés par les comités d’éthique de référence.

L’échantillon comprend 6052 répondants (61% filles et 39% garçons, âge moyen de 15,8 ans). Le taux de refus actif à participer à l’enquête est de 1%. La proportion moyenne de répondants par école participante est de 43%. Les données ont été pondérées pour refléter les caractéristiques de la population à l’étude.

D’ici la rentrée scolaire, l’équipe COMPASS Québec fournira à chaque école participante un portrait des réponses des élèves de leur établissement. Le présent rapport permet de disposer d’une vue d’ensemble des réponses obtenues dans les écoles participantes. Les résultats reflètent la réalité des adolescents des écoles participantes à l’enquête COMPASS. Par conséquent, ceux-ci ne sont pas forcément représentatifs de la réalité de toutes les écoles.

Connaissances de la covid-19 et des gestes barrières

Proportion de jeunes ayant déclaré croire que:

  • se laver les mains vigoureusement prévient la transmission du virus : 73%
  • la COVID-19 est une maladie respiratoire infectieuse causée par une bactérie : 55%
  • les symptômes apparaissent entre 2 et 14 jours après exposition : 67%
  • la COVID-19 peut être transmise d’une personne à l’autre par contact de gouttelettes : 72%
  • la COVID-19 peut être transmise en touchant quelque chose/quelqu’un contaminé, puis en touchant son visage : 89%
  • l’utilisation d’une solution hydro-alcoolique (Purell©) pour le lavage des mains prévient la transmission du virus : 59%
  • lorsqu’une personne tousse, l’utilisation d’un masque peut réduire la transmission par gouttelettes : 67%
  • les individus infectés par la COVID-19 présentent toujours des symptômes : 5%
  • la COVID-19 est seulement dangereuse pour les personnes âgées : 12%
  • la COVID-19 représente peu de risques de complications pour les jeunes : 78%

Pour faire face à la Covid-19

Proportion de jeunes ayant déclaré :

  • être restés en contact avec leurs amis en ligne : 63%
  • avoir mangé de la nourriture de type « restauration rapide » : 14%
  • avoir fait de l’exercice : 51%
  • avoir communiqué avec des professionnels de la santé mentale : 3%
  • avoir rencontré leurs amis à l’extérieur : 28%
  • avoir essayé d’aider autrui : 19%
  • avoir gardé un horaire régulier : 30%
  • avoir passé du temps avec leur famille : 46%
  • avoir étudié ou fait des travaux scolaires : 57%
  • avoir passé du temps sur leurs écrans : 63%
  • avoir fumé des cigarettes : 1%
  • avoir vapoté : 6%
  • avoir consommé du cannabis : 2%
  • avoir consommé de l’alcool : 7%

Adoption des mesures préventives

Proportion de jeunes ayant déclaré :

  • avoir nettoyé/désinfecté les objets souvent touchés : 73%
  • avoir nettoyé leurs mains plus souvent qu’à l’habitude : 94%
  • avoir pris au sérieux les mesures gouvernementales pour diminuer la propagation de la COVID-19 : 95%
  • avoir annulé ou déplacé des sorties : 83%
  • avoir discuté des mesures préventives : 74%
  • avoir discuté des gestes à poser en cas d’infection : 64%
  • avoir évité les endroits achalandés : 89%

Effets du confinement

Proportion de jeunes ayant déclaré une augmentation :

  • de leurs communications en ligne avec leurs amis : 63%
  • de leur temps d’écran : 75%
  • de leur niveau d’activité physique : 30%
  • de leur temps de sommeil : 38%
  • de leur usage de cigarettes : 1%
  • de leur usage de cigarette électronique : 5%
  • de leur consommation d’alcool : 9%
  • de leur consommation de cannabis : 2%

Proportion de jeunes ayant déclaré :

  • avoir eu peur de prendre du retard dans leurs apprentissages scolaires : 69%
  • s’être bien entendu avec leur famille : 96%
  • s’être sentis nerveux en pensant aux circonstances du moment : 44%
  • s’être sentis inquiets pour leur propre santé ou celle de leur famille : 73%
  • s’être sentis inquiets quant à la situation financière familiale : 29%

Proportion de jeunes ayant déclaré une augmentation :

  • de leur niveau d’ennui : 67%
  • de leur niveau de stress : 25%
  • de leur solitude : 50%
  • de leur niveau de stress : 25%
  • de leur niveau d’anxiété : 24%

Différences selon le genre

Proportion de filles :

Proportion de garçons :

  • ayant déclaré qu’en cas
    de toux, l’utilisation d’un
    masque prévient la transmission
    par gouttelettes : 72%
  • ayant déclaré que se laver
    les mains prévient la transmission
    du virus : 78%
  • ayant déclaré que les gens
    infectés par la COVID-19
    présentent toujours des
    symptômes : 5%
  • ayant déclaré que la
    COVID-19 représente peu
    de risque de complications
    pour les jeunes : 77%
  • ayant nettoyé leurs
    mains plus souvent qu’à
    l’habitude : 96%
  • ayant pris au sérieux les
    mesures gouvernementales
    pour diminuer la propagation
    de la COVID-19 : 97%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur temps d’écran
    récréatif : 73%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur niveau
    d’activité physique: 32%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    temps de sommeil : 40%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette : 1%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette
    électronique : 5%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    consommation d’alcool : 10%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur consommation
    de cannabis : 2%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    solitude : 55%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    anxiété : 31%
  • ayant déclaré qu’en cas
    de toux, l’utilisation d’un
    masque prévient la transmission
    par gouttelettes : 64%
  • ayant déclaré que se laver
    les mains prévient la transmission
    du virus : 69%
  • ayant déclaré que les gens
    infectés par la COVID-19
    présentent toujours des
    symptômes : 6%
  • ayant déclaré que la
    COVID-19 représente peu
    de risque de complications
    pour les jeunes : 79%
  • ayant nettoyé leurs
    mains plus souvent qu’à
    l’habitude : 93%
  • ayant pris au sérieux les
    mesures gouvernementales
    pour diminuer la propagation
    de la COVID-19 : 94%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur temps d’écran
    récréatif : 78%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur niveau
    d’activité physique : 27%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    temps de sommeil : 37%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette : 1%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette
    électronique : 5%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    consommation d’alcool : 8%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur consommation
    de cannabis : 2%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    solitude : 43%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    anxiété : 15%

Différences selon le niveau de favorisation matérielle familiale

Proportion de jeunes issus d’un
milieu familial moins favorisé :

Proportion de jeunes issus d’un
milieu familial plus favorisé :

  • ayant déclaré qu’en cas
    de toux, l’utilisation d’un
    masque prévient la transmission
    par gouttelettes : 80%
  • ayant déclaré que se laver
    les mains prévient la transmission
    du virus : 86%
  • ayant déclaré que les gens
    infectés par la COVID-19
    présentent toujours des
    symptômes : 7%
  • ayant déclaré que la
    COVID-19 représente peu
    de risque de complications
    pour les jeunes : 77%
  • ayant nettoyé leurs
    mains plus souvent qu’à
    l’habitude : 93%
  • ayant pris au sérieux les
    mesures gouvernementales
    pour diminuer la propagation
    de la COVID-19 : 96%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur temps d’écran
    récréatif : 83%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur niveau
    d’activité physique : 26%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    temps de sommeil : 36%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette : 1%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette
    électronique : 6%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    consommation d’alcool : 6%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur consommation
    de cannabis : 3%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    solitude : 52%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    anxiété : 29%
  • ayant déclaré qu’en cas
    de toux, l’utilisation d’un
    masque prévient la transmission
    par gouttelettes : 81%
  • ayant déclaré que se laver
    les mains prévient la transmission
    du virus : 88%
  • ayant déclaré que les gens
    infectés par la COVID-19
    présentent toujours des
    symptômes : 6%
  • ayant déclaré que la
    COVID-19 représente peu
    de risque de complications
    pour les jeunes : 78%
  • ayant nettoyé leurs
    mains plus souvent qu’à
    l’habitude : 95%
  • ayant pris au sérieux les
    mesures gouvernementales
    pour diminuer la propagation
    de la COVID-19 : 95%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur temps d’écran
    récréatif : 84%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur niveau
    d’activité physique : 31%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    temps de sommeil : 38%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette : 1%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    usage de cigarette
    électronique : 5%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    consommation d’alcool : 10%
  • ayant déclaré une augmentation
    de leur consommation
    de cannabis : 2%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    solitude : 50%
  • ayant déclaré une
    augmentation de leur
    anxiété : 22%

Points saillants

Connaissances, attitudes, pratiques

  1. Les adolescents ont une bonne connaissance de la COVID-19 et des mesures de protection.
    • Ils savent en majorité qu’il est possible d’être atteint de la maladie tout en restant asymptomatique.
    • Ils connaissent les principaux modes de transmission et les mesures de protection efficace comme le lavage des mains, le port du masque et l’utilisation de solutions hydro-alcoolique
  2. Les adolescents ne banalisent pas les conséquences de la maladie.
    • Ils se disent en majorité préoccupés par leur santé et celle des membres de leur famille, et soucieux de ne pas prendre du retard dans leurs apprentissages scolaires. La moitié sont nerveux quand ils pensent à la situation actuelle.
  3. Les adolescents adoptent les mesures de prévention recommandées.
    • L’immense majorité dit prendre au sérieux les mesures dictées par les autorités. Les répondants évitent les endroits achalandés, annulent ou déplacent leurs sorties; ils se lavent les mains plus souvent et nettoient ou désinfectent les objets souvent touchés. Plus des deux tiers discutent avec leur famille, leurs amis ou des professionnels de la santé des mesures de prévention.

Impacts, adaptation, résilience

  1. Le confinement affecte fortement la vie des adolescents, mais tous ne réagissent pas de la même façon.
    • La majorité augmente son temps d’écran et les échanges en ligne avec les amis. Plusieurs peinent à conserver un horaire régulier. Certains font davantage d’exercice, d’autres moins. Un répondant sur deux s’est senti plus seul, les deux tiers ont vu leur niveau d’ennui augmenter. Les trois quarts des adolescents indiquent que leur anxiété n’a pas augmenté. Toutefois, certains groupes semblent avoir été davantage affectés. L’anxiété est plus prévalente chez les filles et les jeunes vivant dans des familles moins favorisées.
  2. Les adolescents s’adaptent généralement bien à la vie en confinement.
    • Les répondants disent en majorité bien s’entendre avec leur famille pendant le confinement et maintenir des liens avec leurs amis. La plupart continuent à étudier régulièrement. Un adolescent sur cinq se mobilise pour aider sa communauté.
  3. La consommation de substances psychoactives chez les adolescents n’augmente pas, comme on pouvait le craindre, en période de confinement.
    • Ni la consommation d’alcool ni celle de tabac, de cannabis ou de cigarette électronique n’a augmenté de manière tangible durant la période de confinement.

Les adolescents ont une bonne connaissance de la COVID-19 et des mesures de protection, ils paraissent en majorité responsables et respectueux des mesures de précaution mises en place. Ils ont été sensiblement affectés par la vie en confinement. Leurs réponses suggèrent qu’ils ont en majorité su s’y adapter.

Les résultats préliminaires présentés dans ce portrait sont observés avec régularité dans les 29 écoles participantes des trois zones d’étude. L’équipe COMPASS-Québec approfondira dans les mois à venir l’examen des besoins et des réponses des jeunes participants à l’enquête. Elle s’attachera notamment à rechercher des formes de vulnérabilités que ne révèlerait pas un portrait d’ensemble de la situation.

Références

1 COMPASS Health Canada : https://uwaterloo.ca/compass-system/compass-system-projects/compass-health-canada

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Usage de Cannabis par les jeunes du secondaire: Enquête COMPASS-Québec 2017 dans 11 écoles secondaires de la région de la Capitale-Nationale

Ce rapport présente les résultats de l’analyse des données de l’étude COMPASS-Québec 2017 portant sur l’usage de cannabis par les jeunes du secondaire dans 11 écoles de la région de la Capitale-Nationale.

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La pandémie de COVID-19 et l’évolution de l’usage de substances psychoactives d’adolescents. Une analyse des cohortes scolaires COMPASS-Québec (2019-2021)

Lien vers le rapport La pandémie de COVID-19 et l’évolution de l’usage de substances psychoactives d’adolescents. Une analyse des cohortes scolaires

Auteurs : Ève Bolduc, Claude Bacque Dion, Richard Bélanger & Slim Haddad

La consommation de substances psychoactives chez les adolescents

L’adolescence est une période d’expérimentation et plusieurs habitudes qui y sont adoptées influencent la vie adulte. Le contexte particulier associé à la pandémie de COVID-19 a potentiellement modifié les habitudes de consommation de substances psychoactives des jeunes. On sait que la consommation est influencée par le contexte social, le souhait de rehausser certaines expériences, les difficultés vécues (1), l’état de santé mental, les influences extérieures (amis, famille) et la disponibilité des produits (2). Des travaux ont récemment porté sur la consommation de substances psychoactives des adolescents dans les semaines et les mois suivant le début de la pandémie. Contrairement à ce que certains appréhendaient, une diminution de la consommation chez les jeunes a été rapportée au Canada (3, 4, et 5).

De quelles connaissances manque-t-on ?

La diminution de la consommation dans les mois ayant suivi le déclenchement de la pandémie de COVID-19 s’estelle poursuivie? Sommes-nous revenus aux niveaux d’avant la pandémie? L’évolution de la consommation plus d’un an après le début de la pandémie n’est pas encore établie. L’usage de substances a-t-il évolué différemment chez les filles et les garçons sachant que ces derniers tendent à consommer davantage? (6). Qu’en est-il des pratiques de consommation élevée et notamment, de l’usage quotidien de la cigarette ou de la cigarette électronique? Comment a pu évoluer la proportion de jeunes s’initiant à de nouvelles substances?

Quels sont les objectifs et méthodes ?

L’étude repose sur les données de l’étude longitudinale COMPASS au Québec. Le projet de cohorts scolaires COMPASSQuébec permet de dresser un portrait longitudinal de la santé et du bien-être des adolescents fréquentant les écoles secondaires publiques et privées des régions de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches et du Saguenay-Lac-St-Jean. Tous les jeunes des écoles participantes sont invités annuellement à compléter un questionnaire portant notamment sur leur santé et leurs pratiques de consommation de substances (7). La présente étude repose sur un devis transversal répété. L’analyse porte sur les données provenant des 25 écoles secondaires ayant participé aux trois rondes d’enquête de 2019, 2020, 2021. Le devis permet ainsi de comparer la consommation de substances avant la pandémie (mai 2019), quelques mois après le début de la pandémie, après que les écoles aient été fermées (avril-mai 2020) et enfin, un an après le début de celle-ci (mai 2021). L’échantillon ainsi constitué comprend 10 190 répondants en 2019, 3 830 en 2020 et 7 750 en 2021. Les consommations considérées sont l’usage de la cigarette, de la cigarette électronique et du cannabis et la consommation excessive d’alcool. Deux modes de consommation sont explorés : l’initiation à une substance (usage au moins une fois dans sa vie) ou son usage régulier (au moins mensuel dans le cas du cannabis), de l’usage excessif d’alcool (au moins 5 consommations lors d’un même épisode) et quotidien dans le cas de la cigarette et la cigarette électronique. Les proportions d’utilisateurs sont ajustées pour les principaux confondants (sexe, cycle scolaire, type d’école et niveau de défavorisation des familles des répondants) par régression multiple. Toutes les analyses sont réalisées avec le logiciel STATA17.

Quelles preuves ont été rassemblées ?

Initiation

L’initiation aux substances psychoactives au cours du premier intervalle (mai 2019 et avril-mai 2020) diminue chez les filles comme chez les garçons, quelle que soit la substance considérée (tableau 1). Elle semble ensuite augmenter un an après la pandémie, mais demeure dans tous les cas significativement en deçà des prévalences pré-pandémiques. L’écart est plus marqué chez les garçons (tableau 2), et la différence d’évolution est statistiquement significative pour toutes les substances. L’évolution se distingue entre les filles et les garçons pour la cigarette électronique et les épisodes de consommation excessive d’alcool, tandis que la différence d’évolution est plus limitée pour la cigarette et le cannabis.

TABLEAU 1. Prévalences ajustées d’adolescents déclarant s’être initié à la cigarette ou la cigarette électronique,
d’au moins une fois avoir bu une quantité excessive d’alcool ou déjà consommé du cannabis

TABLEAU 2. Différences d’évolution de l’initiation aux substances psychoactives entre filles et garçons

TABLEAU 2. Différences d’évolution de l’initiation aux substances psychoactives entre filles et garçons

Usage régulier

La proportion de jeunes consommant régulièrement (quotidiennement) la cigarette ou la cigarette électronique est fluctuante. Elle tend à diminuer sensiblement en 2020, comme pour les autres substances (tableaux 3 et 4). Sur l’ensemble de la période, l’usage régulier de la cigarette est stable dans les deux sexes, comme l’est la proportion de garçons déclarant utiliser régulièrement la cigarette électronique. En revanche, la proportion de jeunes filles rapportant un usage régulier de la cigarette électronique progresse substantiellement dans le même intervalle; passant de 4,8% à 7,7% (+2,9% ; IC95 1,1%-4,7%). La consommation excessive d’alcool et l’usage régulier de cannabis évoluent similairement à l’initiation chez les filles comme chez les garçons (diminution en 2020, puis augmentation en 2021).

TABLEAU 3. Prévalences ajustées d’adolescents déclarant consommer régulièrement la cigarette,
la cigarette électronique, du cannabis ou avoir consommé de l’alcool

TABLEAU 4. Différences d’évolution de la consommation régulière de substances psychoactives
entre filles et garçons

Que conclure ?

Cette étude de cohorte porte sur l’évolution de l’usage de substances psychoactives à trois période-clé ; l’une precede la pandémie, deux lui sont contemporaines. Le devis permet ainsi d’apprécier les changements observés dans les pratiques de consommation des jeunes et fournir de premiers éléments de réponse aux interrogations portant sur l’évolution de la consommation de substances depuis le début de la pandémie. L’étude présente toutefois des limites. Beaucoup de changements sont survenus pendant les 24 mois de la fenêtre d’observation et il est difficile d’établir une correspondance précise entre les réponses des jeunes, le cours de la pandémie et les mesures de santé publiques mises en oeuvre, comme le confinement, la fermeture ou la réouverture des écoles, ou le retrait d’élèves lors d’éclosions. Les circonstances particulières rencontrées lors de la ronde du printemps 2020 ont conduit l’équipe à modifier le processus de collecte et secondairement, à une diminution de la participation des jeunes. Bien que les échantillons aient été pondérés et analysés en conséquence, un biais de sélection n‘est pas exclu. Les estimés de consommation sont ajustés pour les principaux confondants connus, mais une confusion résiduelle demeure possible. Enfin, les résultats observés dans cette cohorte d’écoles situées dans trois régions de l’Est-du-Québec reste à confirmer dans d’autres contextes.

La quasi-totalité des indicateurs considérés confortent l’idée d’une réduction de l’initiation et de la consommation régulière de substances psychoactives lors de la ronde de 2020, alors que le Québec était confiné et les écoles secondaires fermées. On se situait donc dans une période particulière où les opportunités de consommer étaient limitées par la réduction des interactions sociales et l’accessibilité aux substances.

La consommation des jeunes tend à fluctuer au gré des contraintes qui pèsent sur l’accès aux substances et leurs interactions avec leurs pairs. L’un des défis consiste à continuer de favoriser ces interactions sans qu’elles ne favorisent la consommation (8), voire à ce qu’elles puissent constituer un levier pour soutenir les actions de protection de la santé des jeunes. L’usage de la cigarette électronique obéit à une dynamique propre. La proportion de jeunes utilisant régulièrement la cigarette électronique est à nouveau en hausse en 2021, notamment chez les filles. Ce résultat confirme la popularité de la cigarette électronique chez les jeunes (9). Près d’un adolescent sur six l’utilise à chaque jour alors même que

le contexte particulier des deux dernières années a conduit à une stabilisation, voire une diminution de l’usage des autres substances. Les garçons sont reconnus pour leur plus grande propension à s’exposer et à prendre des risques (6). Cette étude suggère toutefois que ces derniers auraient connu une baisse de consommation plus importante que les filles, ce qui les place à des prévalences d’initiation inférieures aux filles en 2020 et 2021. D’autres recherches sont toutefois à envisager pour mieux qualifier ces changements et mieux comprendre comment évoluent les vulnérabilités des adolescentes et des adolescents.

Bibliographie

1. Kuntsche, E. K. (2005). Why do young people drink? A review of drinking motives. Retrieved from Clinical psychology review: https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1016/j.cpr.2005.06.002

2. Zuckermann, A. W. (2020). Prevalence and correlates of youth poly-substance use in the COMPASS study. Retrieved from Addictive behaviors: https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1016/j.addbeh.2020.106400

3. Hawke, L. D. (2020). Impacts of COVID-19 on Youth Mental Health, Substance Use, and Well-being: A Rapid Survey of Clinical and Community Samples. Retrieved from Canadian journal of psychiatry: https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1177/0706743720940562

4. Dumas, T. M. (2020). What Does Adolescent Substance Use Look Like During the COVID-19 Pandemic? Examining Changes in Frequency, Social Contexts, and Pandemic-Related Predictors. Retrieved from The Journal of adolescent health : official publication of the Society for Adolescent Medicine: https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1016/j.jadohealth.2020.06.018

5. Leatherdale, S. T. (2021). Examining the impact of the early stages of the COVID-19 pandemic period on youth cannabis use: adjusted annual changes between the pre-COVID and initial COVID-lockdown waves of the COMPASS study. Retrieved from BMC public health: https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1186/s12889-021-11241-6

6. Gagnon H., R. L. (2010). L’usage de substances psychoactives chez les jeunes Québécois. Retrieved from Institut national de Santé publique du Québec: https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1102_UsageSubsPsychoativesJeunes.pdf

7. Leatherdale ST, B. K. (2014). The COMPASS study: a longitudinal hierarchical research platform for evaluating natural experiments related to changes in school-level programs, policies and built environment resources. Retrieved from BMC Pub Health: https://doi.org/10.1186/1471-2458-14-331

8. Orben, A. T. (2020). The effects of social deprivation on adolescent development and mental health. Retrieved from The Lancet. Child & adolescent health: https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1016/S2352-4642(20)30186-3

9. Cole, A. G., Aleyan, S., Battista, K., & Leatherdale, S. T. Trends in youth e-cigarette and cigarette use between 2013 and 2019: insights from repeat crosssectional data from the COMPASS study. 2021. <https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.17269/ s41997-020-00389-0>.

Affiliations

Ève Bolduc, Dr Slim Haddad & Dr Richard Bélanger, Faculté de médecine, Université Laval et Centre de recherche VITAM. Claude Bacque Dion, Centre de recherche VITAM.

L’évolution de la santé mentale des adolescents au cours de la pandémie COVID-19. Une analyse des cohortes scolaires COMPASS-Québec

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Auteurs : Maxime Giroux, Claude Bacque-Dion, Richard Bélanger & Slim Haddad

Faits saillants

La proportion d’adolescents présentant des symptômes dépressifs significatifs, un niveau d’anxiété modéré à sévère ou se disant moins épanouis, est en augmentation.

Cette augmentation concerne les différents groupes de jeunes, mais elle affecte particulièrement les filles, les adolescents du second cycle, ceux issus de milieux plus défavorisés ou dont la vie familiale a été décrite comme moins heureuse.

La santé mentale des adolescents

Les problématiques de santé mentale représentent une cause élevée de morbidité et de mortalité à l’adolescence (1). Des travaux suggèrent que la pandémie actuelle de COVID-19 pourrait avoir exacerbé certaines conditions préexistantes (2) ou même provoqué l’apparition de difficultés de santé mentale chez la population adolescente (3). Certaines caractéristiques personnelles, scolaires ou familiales pourraient prédire une hausse des problèmes de santé mentale chez certains adolescents (4).

De quelles connaissances manque-t-on ?

Comment a évolué l’état de santé mentale des adolescents au cours des premiers 18 mois de la pandémie de COVID-19 ? Certains groupes de jeunes seraient-ils davantage affectés ?

Quels sont les objectifs et les méthodes ?

L’étude repose sur les données de l’étude longitudinale COMPASS au Québec. Le projet de cohortes scolaires COMPASS-Québec permet de dresser un portrait longitudinal de la santé et du bien-être des adolescents fréquentant des écoles secondaires des régions de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Tous les jeunes des écoles participantes sont invités annuellement à compléter le questionnaire en ligne COMPASS.

La présente étude porte sur les données provenant des 25 écoles ayant participé aux cycles d’enquête de 2019, 2020 et 2021. Le devis permet ainsi de rendre compte des réponses avant la pandémie (mars-mai 2019), quelques mois après son début (mai 2020) et un an plus tard (mai 2021). L’échantillon comprend 10 727 répondants en 2019, 4 695 en 2020 et 8 462 en 2021.

Les mesures de santé mentale sont auto-rapportées. Les 3 indicateurs figurant dans cette étude sont, la présence : (i) de symptômes dépressifs significatifs (un score supérieur ou égal à 10 au Centre For Epidemiological Studies Depression Scale Revised (Patte et al., 2017); (ii) d’un niveau d’anxiété modéré ou sévère (un score supérieur ou égal à 10 au Generalized Anxiety Disorder 7 (Patte et al., 2017); (iii) d’un niveau d’épanouissement limité (un score inférieur ou égal à 31 au Flourishing Scale (Patte et al., 2017). La proportion annuelle de jeunes présentant chacune de ces conditions a été ajustée pour les principaux confondants connus (sexe, cycle scolaire, type d’école, programme d’études, niveau de défavorisation des familles, présence d’une vie familiale heureuse). L’ajustement a été réalisé par modélisation statistique (régressions de Poisson). Toutes les analyses ont été réalisées avec le logiciel STATA17.

Résultats

Évolution des indicateurs de santé mentale

La proportion de jeunes présentant des difficultés de santé mentale décroît légèrement en 2020, puis augmente sensiblement en 2021 (Figure 1). La présence de symptômes dépressifs significatifs augmente de 7,3 points de pourcentage (IC : 4,5 %-10,0 %) entre l’année précédant la pandémie et la suivante, tandis que l’anxiété modérée ou sévère croit de 6,8 % (IC : 5,2 %-8,5 %).

FIGURE 1. Évolution des indicateurs de santé mentale

Évolution selon les caractéristiques des répondants

Les résultats étant très similaires entre les trois indicateurs de santé mentale utilisés, les statistiques présentées dans cette section se restreignent à l’évolution de la proportion de jeunes présentant des symptômes dépressifs significatifs.

TABLEAU 1. Proportions* de jeunes présentant des symptômes dépressifs significatifs selon les caractéristiques des répondants

Le tableau 1 suggère que les filles et les jeunes du second cycle montraient déjà des signes d’une plus grande vulnérabilité avant la pandémie. Ces vulnérabilités se sont exacerbées par la suite. En 2021, la moitié des répondantes présentent des symptômes dépressifs significatifs (50,5 %; soit une hausse significative de 9,9 points de pourcentage entre le début et la fin de la période d’étude), et elles sont deux fois plus nombreuses que les garçons (24,8 %; une hausse de 4,2 points de pourcentage sur la période).

Plus de 40 % des répondants de 3ème, 4ème ou 5ème secondaire présentent des symptômes dépressifs significatifs alors qu’ils sont 33,9% parmi ceux du premier cycle. La progression entre le début et la fin de la période d’étude est toutefois assez comparable entre jeunes du second cycle (+ de 6,9 points de pourcentage) et du premier cycle (+ 7,7 points de pourcentage).

TABLEAU 2. Proportions* de jeunes présentant des symptômes dépressifs significatifs selon l’environnement scolaire et l’environnement familial du répondant

Le tableau 2 suggère que la présence de symptômes dépressifs significatifs est en hausse chez les jeunes provenant de familles moins défavorisées (IC : 3,9 %-9,6 %) et de familles plus défavorisées (IC : 5,4 %-12,1 %) de même que les adolescents qui décrivent leur famille comme plus heureuse (IC : 4,3 %-9,7 %) ou moins heureuse (IC : 3,8 %-12,9 %). En sorte qu’en fin de période, un an après le début de la pandémie, plus de quatre-cinquième des jeunes issus de familles plus défavorisées (43 %) et plus des deux tiers (73 %) des répondants qui estiment que leur vie familiale est moins heureuse, présentent des symptômes dépressifs significatifs.

L’augmentation de la présence de symptômes dépressifs significatifs affecte autant les jeunes des écoles publiques (IC : 4,1 %-10,1 %), des écoles privées (IC : 5,4 %-13,5 %) que ceux inscrits dans des programmes réguliers (IC : 5,1 %-9,9 %). La progression n’est toutefois pas statistiquement significative dans le groupe des jeunes inscrits dans des programmes de sport-études (IC : -2,5 %-14,5 %).

Limites

Le plan de recherche n’est pas propice à des interprétations causales et incite à de inférences prudentes. De nombreux événements se sont produits pendant les 24 mois de la fenêtre d’observation et il est difficile d’établir une correspondance précise entre les réponses des jeunes, le cours de la pandémie et les mesures de santé publique mises en œuvre. En second lieu, les circonstances particulières rencontrées lors de la ronde du printemps 2020 ont conduit l’équipe à modifier le processus de collecte et conséquemment, à une diminution de la participation des jeunes. Bien que les échantillons aient été pondérés et analysés en conséquence, un biais de sélection n‘est pas exclu. Troisièmement, les estimateurs sont ajustés pour les principaux confondants connus, mais une confusion résiduelle demeure possible. Enfin, les résultats observés dans cette cohorte d’écoles situées dans trois régions de l’Est-du-Québec resteraient à confirmer dans d’autres contextes.

Que conclure ?

Davantage de jeunes parmi nos participants présentent des difficultés de santé mentale, que l’on considère la présence de symptômes dépressifs significatifs, la présence d’un niveau d’anxiété modéré ou sévère, ou encore, d’un niveau d’épanouissement limité. Ces résultats sont observés quel que soit l’âge et le sexe des répondants, qu’ils soient scolarisés dans le public ou dans le privé, qu’ils viennent de milieux plus ou moins défavorisés, ou encore, qu’ils estiment avoir une vie familiale plus ou moins heureuse. L’exacerbation des difficultés de santé mentale observée chez les groupes déjà connus pour leur vulnérabilité – jeunes filles, adolescents issus de familles plus défavorisées ou exposés à un   environnement   familial   moins   soutenant   –   est particulièrement préoccupante et mérite une attention particulière.

Bibliographie

1. Chun, T. H., Duffy, S. J., & Linakis, J. G. (2013). Emergency department screening for adolescent mental health disorders: the who, what, when, where, why, and how it could and should be done. Clinical pediatric emergency medicine, 14(1), 3-11.

2. Golberstein, E., Wen, H., & Miller, B. F. (2020). Coronavirus disease 2019 (COVID-19) and mental health for children and adolescents. JAMA pediatrics, 174(9), 819-820.

3. Hawke, L. D., Barbic, S. P., Voineskos, A., Szatmari, P., Cleverley, K., Hayes, E., ... & Henderson, J. L. (2020). Impacts of COVID-19 on Youth Mental Health, Substance Use, and Well-being: A Rapid Survey of Clinical and Community Samples: Répercussions de la COVID-19 sur la santé mentale, l’utilisation de substances et le bien-être des adolescents: un    sondage    rapide    d’échantillons     cliniques et communautaires. The Canadian Journal of Psychiatry, 65(10), 701-709

4. Magson, N. R., Freeman, J. Y., Rapee, R. M., Richardson, C. E., Oar, E. L., & Fardouly, J. (2021). Risk and protective factors for prospective changes in adolescent mental health during the COVID-19 pandemic. Journal of youth and adolescence, 50(1), 44-57.

L’usage de la cigarette électronique chez les jeunes en temps de pandémie. Une analyse de cohortes scolaires COMPASS-Québec de 2018 à 2021

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Faits saillants

L’usage de la cigarette électronique chez les jeunes a diminué depuis le début de la pandémie, mais la proportion d'usagers quotidiens demeurent stable.

Les usagers quotidiens affirment en majorité avoir augmenté leur consommation dès le début de la pandémie.

Moins de jeunes estiment que la cigarette électronique n’entraîne aucun ou qu'un léger risque pour la santé.

En 2021, les sources d’approvisionnement des produits de vapotage sont diverses, mais surtout axées sur l’achat lorsque la fréquence d’usage augmente.

Contexte

Des travaux récents ont suggéré que l’usage de la cigarette électronique aurait diminué dans les mois ou l’année suivant le déclenchement de la pandémie [1]. Si elle se confirmait, cette évolution correspondrait à une inflexion de la tendance à la hausse du vapotage observée dans la dernière décennie au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde [2].

Les jeunes canadiens disent principalement utiliser la cigarette électronique parce qu’ils l’apprécient, parce qu’ils veulent l’essayer ou parce qu’ils y voient un moyen de réduire leur niveau de stress [3]. L’âge, le sexe, l’environnement social et la perception d’un risque pour la santé exercent une influence reconnue sur l’usage de la cigarette électronique chez les jeunes [4]. Il est possible qu’une offre plus limitée ou moins accessible en début de pandémie, au moment où les écoles ont été fermées [4], ait pu contribuer à freiner l’usage de la cigarette électronique.

Problématiques actuelles

Comment a évolué l’usage de la cigarette électronique après que les mesures de restriction initiales aient été allégées et que les jeunes aient pu reprendre le chemin de l’école? Jusqu’à quel point les jeunes associent-ils l’usage de la cigarette électronique à un risque pour leur santé au travers de la pandémie? Quelles sont les sources d’approvisionnement des jeunes durant cette période? Que disent les jeunes de l’influence de la situation vécue sur leur consommation de substances?

Méthodes

L’analyse est basée sur les données de l’étude longitudinale COMPASS au Québec [5]. Le devis d’étude repose sur une analyse transversale répétée dans 31 écoles1  ayant participé aux rondes d’enquête de 2018, 2019 et 2021. Les adolescents des écoles participantes complètent à chaque ronde un questionnaire sur leurs comportements et habitudes de vie. L’échantillon de répondants comprend respectivement 15 209, 16 042 et 14 062 jeunes.

Les mesures de consommation portent sur l’initiation à la cigarette électronique (usage à vie) et son usage dans les 30 derniers jours. Considérant le nombre de jours la cigarette électronique a été utilisée au cours du dernier mois, on distingue entre usage quotidien, régulier (6 à 29 jours) et occasionnel (1 à 5 jours). La perception du degré de risque pour la santé associé à l’usage régulier de cigarette électronique comprend trois modalités : « aucun/léger risque », « risque modéré » ou « grand risque ». La ronde de 2021 inclut des questions sur les sources d’approvisionnement, les raisons pour lesquelles les jeunes utilisent la cigarette électronique, et l’influence de la pandémie sur leur consommation. Une échelle multiple reflète le degré d’adaptation des jeunes à la pandémie2. Les statistiques sont présentées par année. Les proportions fournies sont ajustées pour l’âge et le sexe après pondération de l’échantillon afin de tenir compte des taux de réponse par école, selon l’âge et le sexe. Toutes les analyses sont réalisées avec le logiciel STATA17.

Les 31 écoles participantes proviennent de trois régions socio-sanitaires : Capitale-Nationale (21 écoles, 32 670 répondants), Chaudière-Appalaches (4 écoles, 6 405 répondants) et Saguenay-Lac-Saint-Jean (6 écoles, 6 237 répondants). Deux des 31 écoles sont des écoles privées et 4 n’offrent qu’une scolarité de premier cycle (première et deuxième année secondaire). Le nombre médian de répondants par école est de 404 lors de la ronde de 2018, 417 lors en 2019 et 366 en 2021. Les principales caractéristiques des répondants de chaque ronde sont présentées au tableau 1.

1. Critères d’inclusion des écoles : participation aux 3 rondes d’étude et un taux de participation de plus de 20%. En raison d’un nombre réduit d’écoles participantes lors de la ronde de 2020, réalisée deux mois après le début de l’épidémie, l’étude se restreint aux rondes de 2018, 2019 et 2021.

2. L’échelle est bâtie par agrégation sommative des réponses à 6 questions dans lesquelles le jeune doit se prononcer sur sa nervosité en pensant à la situation actuelle, le fait qu’il est calme et détendu, son inquiétude pour sa santé et celle des membres de sa famille, le fait qu’il se sente stressé de quitter sa maison et sa peur de prendre du retard dans ses apprentissages scolaires. Les répondants sont réunis en trois groupes de taille équivalente selon la valeur du score d’adaptation (groupes moins bien adapté, intermédiaire, mieux adapté).

Tableau 1. Échantillons d’analyse - Rondes de 2018, 2019,2021

Preuves rassemblées

Profil de consommation

La proportion ajustée de jeunes déclarant avoir déjà essayé la cigarette électronique est en baisse en 2021 et se situe en deçà même des niveaux de 2018 (Figure 1). Ces résultats confortent les observations réalisées en début de pandémie suggérant une réduction du nombre de jeunes s’étant initiés à la cigarette électronique [1].

Figure 1. Initiation* à la cigarette électronique selon le cycle scolaire - Rondes de 2018, 2019 et 2021

Un répondant sur cinq déclare avoir utilisé la cigarette électronique dans le mois précédent la troisième ronde d’enquête (Figure 2). L’usage dans les 30 jours est également en baisse en 2021, notamment chez les jeunes du second cycle (Tableau 2). Il y a moins d’usagers réguliers et occasionnels (-11 points de pourcentage) par rapport à la dernière ronde réalisée avant la pandémie - 2019. En revanche, il n’y a pas de diminution de la proportion de jeunes rapportant un usage quotidien.

Figure 2. Profil de consommation de la cigarette électronique - Rondes de 2018, 2019 et 2021

Tableau 2. Profil de consommation de la cigarette électronique selon le cycle d’étude - Rondes de 2018, 2019, 2021

L’utilisateur quotidien de cigarette électronique est typiquement plus âgé, il est moins enclin à associer la cigarette électronique à un danger pour la santé et il se sent moins proche de son école (Tableau 3). Il a presque 10 fois plus de chance de s’être initié à la cigarette et il tend plutôt à vivre dans une famille moins défavorisée. Ces portraits sont relativement comparables d’une ronde à l’autre.

 

Tableau 3. Caractéristiques des répondants selon leur profil de consommation - Ronde d’étude de 2021

Risque pour la santé associé à l’usage régulier de la cigarette électronique

Pour plus de 80% des répondants, l’usage régulier de la cigarette électronique expose à un risque modéré ou à un grand risque pour la santé (Figure 3). Ceux qui estiment que cette pratique n’expose à aucun risque ou un risque faible sont de moins en moins nombreux ; ils ne sont plus que 16% lors de la dernière ronde.

La sensibilité des jeunes aux dangers de la cigarette électronique progresse année après année, quel que soit le profil d’utilisation (Figure 4). Par ailleurs, plus on vapote fréquemment et moins on tend à y associer un grand risque pour la santé. Alors que près d’un jeune sur trois associe le vapotage régulier à un grand risque pour la santé (29%), ils ne sont qu’un sur six à le penser chez les utilisateurs quotidiens (14% - valeurs ajustées en 2021).

Figure 3. Risque pour la santé associéà l’usage régulier de la cigarette électronique -Rondes de 2018, 2019 et 2021

Figure 4. Proportion de jeunes pour qui vapoter régulièrement comporte un grand risque pour la santé selon leur profil de consommation - Rondes de 2018, 2019 et 2021

Raisons pour lesquelles la cigarette électronique est utilisée

Les usagers occasionnels s’adonnent principalement à la cigarette électronique par curiosité alors que les usagers réguliers, et plus encore les usagers quotidiens le font principalement pour les effets que procure la nicotine (Tableau 4). Un usager quotidien sur deux indique recourir à la cigarette électronique pour relaxer ou diminuer le stress. L’attrait des saveurs est invoqué une fois sur trois et pouvoir fumer là où la cigarette n’est pas permise l’est une fois sur cinq. À l’exception des utilisateurs quotidiens de cigarette électronique, la proportion d’utilisateurs vapotant pour arrêter de fumer la cigarette est insignifiante.

Tableau 4. Raisons pour lesquelles la cigarette électronique est utilisée* - Ronde de 2021

Sources d’approvisionnement en période pandémique

On se procure principalement les produits de vapotage en les achetant. (Tableau 5). L’achat est effectué par le jeune lui-même, ou plus souvent, par l’intermédiaire d’un tiers. Dans près d’un cas sur trois, pods et e-liquids sont offerts par un membre de la famille ou un ami. Très peu de jeunes usagers rapportent l’achat par Internet comme source d’approvisionnement. Les utilisateurs réguliers ou quotidiens tendent davantage à acheter/payer pour leurs produits de vapotage alors que les utilisateurs occasionnels se les font plutôt offrir par leur entourage (Figure 5).

Tableau 5. Source d’approvisionnement en produits de vapotage - Ronde de 2021*Figure 5. Source d’approvisionnement en produits de vapotage selon le profil de consommation des répondants**
- Ronde de 2021

Adaptation au contexte pandémique et usage de la cigarette électronique

À la question « Dans quelle mesure ta vie a-t-elle changé en raison de la COVID-19? », 41% des usagers de cigarette électronique répondent que leur consommation est demeurée la même; 49% indiquent qu’elle a augmenté et 11% qu’elle a diminué. Les réponses varient toutefois avec la fréquence d’utilisation (Tableau 6). La majorité (70%) des utilisateurs quotidiens rapportent que leur consommation de cigarette électronique a augmenté. Ils ne sont que 58% parmi les utilisateurs réguliers et moins d’un sur quatre parmi les utilisateurs occasionnels. Le tableau 7 rend compte du degré d’adaptation des jeunes selon leur profil de consommation. Les jeunes déclarant avoir utilisé la cigarette électronique dans les 30 derniers jours tendent à être surreprésentés dans le groupe de répondants s’étant moins bien adapté à la pandémie et conséquemment, sous-représentés dans le groupe des jeunes s’étant mieux adapté.

Tableau 6. Influence de la COVID-19 sur l’usage de la cigarette électronique - Ronde de 2021

Tableau 7. Profil d’utilisation de la cigarette électronique selon le degré d’adaptation à la pandémie - Ronde de 2021

Limites

La ronde de 2021 a dû être réalisée en ligne. Même si le taux de participation des jeunes se situe à un niveau relativement élevé pour ce type d’enquêtes (moyenne de 78% ; médiane 85%), il varie selon les écoles et demeure en deçà de celui des rondes précédentes. Les échantillons ont été pondérés en conséquence, mais un biais de sélection ne peut être exclu. Deuxièmement, plusieurs changements sont survenus durant la période d’observation, limitant ainsi la capacité à identifier précisément l’origine des changements observés dans l’usage de la cigarette électronique et requérant de prudentes interprétations. Enfin, les résultats observés dans cette cohorte d’écoles situées dans trois régions de l’Est-du-Québec ne sont pas nécessairement illustratifs de la diversité des évolutions pouvant être rencontrées. Les tendances rapportées ici, devront être confirmées par les équipes COMPASS des autres provinces et d’autres recherches longitudinales indépendantes.

Que conclure ?

L’usage de la cigarette électronique chez les jeunes est à la baisse depuis le début de la pandémie. Les jeunes sont globalement moins nombreux à s’être initiés à la cigarette électronique et à l’avoir utilisée dans le dernier mois.

La diminution de l’utilisation de la cigarette électronique observée en 2021 s’accompagne d’une possible réduction des possibilités de vapoter en groupe et d’un accès plus limité aux produits de vapotage[6]. Les jeunes apparaissent par ailleurs plus sensibles aux dangers de la cigarette électronique et il n’est pas exclu qu’au- delà du contexte particulier créé par la pandémie, cette prise de conscience ait pu jouer un rôle dans la baisse de consommation observée.

La part des usagers quotidiens n’a pas diminué d’une année à l’autre ; elle se situe aux environs de 7%. Comme les autres utilisateurs de cigarette électronique, les usagers quotidiens sont surreprésentés parmi les jeunes s’étant moins bien adaptés à la pandémie. Plus des deux tiers d’entre eux disent avoir augmenté leur consommation depuis la survenue du Sars-Cov-2.

Bibliographie

  1. Hopkins DB, Al-Hamdani M. Young Canadian e-Cigarette Users and the COVID-19 Pandemic: Examining Vaping Behaviors by Pandemic Onset and Gender. Front Public Health. 2021;8:1083.
  2. National Academies of Sciences, Engineering, and Med- decine 2018. Public Health Consequences of E- Cigarettes. Washington, DC: The National Academies Press. https://doi.org/10.17226/24952
  3. Government of Canada SC. The Daily Canadian Tobacco and Nicotine Survey, 2020 [Internet]. 2021 [cité 22 déc 2021]. Disponible sur: https://www150.statcan. gc.ca/n1/daily-quotidien/210317/dq210317b-eng. htm
  4. Stokes AC. Declines in Electronic Cigarette Use Among US Youth in the Era of COVID-19—A Critical Opportunity to Stop Youth Vaping in Its Tracks. JAMA Netw Open. 1 déc 2020;3(12):e2028221.
  5. COMPASS [Internet]. Compass System. 2015 [cité 13 déc 2021]. Disponible sur: https://uwaterloo.ca/ compass-system/home
  6. Dumas TM, Ellis W, Litt DM. What Does Adolescent Substance Use Look Like During the COVID-19 Pandemic? Examining Changes in Frequency, Social Contexts, and Pandemic-Related Predictors. J Ado- lesc Health. 1 sept 2020;67(3):354-61.

Citation suggérée

Gozo JJC, Bélanger RE, Bacque Dion C, Fortier G, Angoa G, Gansaonre RJ, Haddad S. L’usage de la cigarette électronique chez les jeunes en temps de pandémie : analyse des cohortes scolaires COMPASS-Québec de 2018 à 2021. Centre de recherche VITAM. Québec, février 2022.

Auteurs

Jean-Jonathan Cocou Gozo, MD, M.Sc.

Professionnel de recherche, COMPASS-Québec.

Slim Haddad, MD, PhD

Professeur titulaire, Département de médecine sociale et préventive, Faculté de Médecine, Université Laval; Médecin conseil à la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale;

Chercheur, Centre de recherche en santé durable (VITAM).

Richard E Bélanger, MD

Pédiatre/Médecin de l’Adolescence, Centre mère-enfant Soleil du CHU de Québec; Professeur agrégé, Département de pédiatrie, Faculté de Médecine, Université Laval; Chercheur associé, Centre de recherche en santé durable (VITAM).

Claude Bacque Dion, MA

Coordonnatrice scientifique, COMPASS-Québec.

Gabrielle Fortier

Étudiante, Faculté de médecine, Université Laval.

Georgina Angoa, MD, M.Sc.

Professionnelle de recherche, COMPASS-Québec.

Rabi Joël Gansaonré, M.Sc.

Doctorant, Faculté de médecine, Université Laval; Gestionnaire et analyste de données, COMPASS-Québec.

Financement

COMPASS-Québec bénéficie d’octrois de recherche et du soutien du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, du Gouvernement du Québec, de l’Université Waterloo (Santé Canada – Instituts de Recherche en santé du Canada) et de la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale.

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