Février est le mois de l'histoire des Noirs. L'équipe des médias sociaux du Département d'études françaises a demandé à des étudiant.e.s et à des professeur.e.s de notre communauté de témoigner de leurs expériences et de leurs études.
Dans ce contexte, Frédéric Giguère (candidat au doctorat), nous a accordé un entretien.
Qu’est-ce qui vous a d’abord attiré vers l’étude du rap québécois hétérolingue, et comment la culture noire en façonne-t-elle l’évolution et l’expression artistique ?
Il s’agit de la combinaison de plusieurs aspects qui ont fait en sorte que je me suis retrouvé à étudier le rap québécois hétérolingue. Sur le plan académique, ma réflexion à propos du rap a débuté lors de mes études au premier cycle où dans le cadre d’un cours de quatrième année, on nous avait demandé de choisir un objet d’étude nord-américain et d’écrire une dissertation. C’est à partir de ce moment où j’ai compris que je pourrais pousser cette étude plus loin. Dans un cadre plus personnel, j’ai toujours eu une grande admiration pour la musique. Il s’agit pour moi d’un art qui permet à la fois de rêver et de s’évader le temps d’une chanson. Cette étude m’a permis d’approfondir mes connaissances de la naissance du hip-hop et de mieux comprendre comment la culture afro-américaine du Bronx a influencé le rap à l’échelle mondiale, incluant celui du Québec. Deux chansons me viennent en tête comme incontournables soit : « The Message » de Grandmaster Flash et Furious Five et bien évidemment « La force de comprendre » de Dubmatique.
De quelle manière la radio commerciale et la visibilité grand public ont-elles influencé l’authenticité, l’usage des langues ou la portée politique de ce mouvement musical ?
Je crois que la visibilité dont jouit le rap québécois de nos jours fait en sorte que des artistes émergents puissent se faire connaître plus rapidement. Les artistes rap plus connus du milieu vont très souvent faire des collaborations avec des artistes émergents leur permettant de partager la sphère populaire. En se diversifiant, le rap québécois permet de mettre en lumière une pluralité d’opinions et de thématiques en fonction du style de rap en question (gangsta rap, rap grand public, rap hybride, etc.).
Que souhaitez-vous que les auditeur·rice·s, les chercheur·euse·s ou la communauté francophone au sens large retiennent de votre recherche sur le rap comme espace de résistance culturelle et de créativité ?
Le rap permet aux artistes de s’exprimer sur une variété de sujets contemporains. Mes recherches témoignent de la richesse et de la profondeur poétique à travers le temps de ce mouvement artistique. Le rap est un moyen d’expression unique qui défie les frontières traditionnelles de la poésie en y combinant l’aspect performatif, musical et textuel. Le rap hétérolingue ne se limite pas à jouer avec les subtilités d’une seule langue. Les rappeurs prennent plaisir à faire interagir les langues entres-elles les liant par d’habiles jeux de mots et de rimes. Il s’agit d’un univers qui défie ouvertement toute critique.
Quelques Suggestions d’albums:

What first drew you to studying heterolingual Québécois rap, and how does Black culture shape its evolution and artistic expression?
I would say it is the combination of many aspects that resulted in me studying heterolingual Québécois rap. On the academia side, my reflection about rap started within a fourth-year class where we were asked to choose a topic within North American studies and write an essay. This was the starting point where I started to understand that there could be more material to study within Québec rap. On a personal note, I have always entertained a passion for music. Music enables us to dream and evade everyday life. Overall, this study of rap music enables me to gain a deeper understanding of African American culture from the Bronx and how it influenced rap globally. Two songs come to mind as an essential introduction: "The Message" by Grandmaster Flash and Furious Five and, of course, "La force de comprendre" by Dubmatique.
How have commercial radio and mainstream visibility influenced the authenticity, language use, or political voice of this musical movement?
I believe that the visibility gained by Québécois rap in recent years allows emerging artists to be known faster. Rap artists with more notoriety will often collaborate with emerging artists giving them an opportunity to shine. As the field diversifies, Québécois rap allows for a wider range of opinions and themes treated depending on the rap genre analyzed (i.e: gangsta rap, mainstream rap, hybrid rap, etc.).
What do you hope listeners, scholars, or the wider Francophone community take away from your research on rap as a site of cultural resistance and creativity?
Rap enables artists to express themselves on a range of contemporary subjects. My research showcases the richness and the poetic depth through time of this music genre. Rap is a unique way of expression defying the traditional rules of poetry combining the performative aspect with the musical and textual ones. Rappers generally have fun combining the poetic power of multiple languages in a single song. Heterolingual rap does not limit itself to monolingual word play. Rappers constantly mix languages through interesting play on words and rhymes. It is a field that openly defies criticism.